06/12/2020
• « Vous me faites un prix ? » •
Si j’en prends deux, vous m’en offrez un. Dis donc c’est joli mais qu’est ce que c’est cher ! Tu te touches un peu avec les prix non ? Moi mon bijou en labradorite je l’ai acheté 20 euros et il est comme le vôtre. Le problème avec les créateurs c’est que c’est toujours hors de prix. Vous mettez combien de temps à le fabriquer ? Ah oui c’est ce que je me disais...
Des phrases comme ça, on en a entendu plein. Et on en entendra encore. Parfois, on perd patience, c’est dur d’entendre que son travail ne mérite pas salaire ou en tout cas, pas celui qu’on s’est fixé mais que souvent on galère à atteindre.
Mais souvent, on explique, et on expliquera encore. Mais qu’est ce qui peut donc bien expliquer la différence de prix parfois énorme entre une création Made in France et un objet « similaire » issu de la grande distribution (généralement Made in China) ?
En fait, plein de choses. Déjà, ici, tout est fait en petite série, donc pas de grosses économies d’échelles. Les matières premières choisies sont parfois de meilleure qualité, donc plus chères, et pas de prix en gros. Ensuite, toutes les étapes de la fabrication jusqu’à la vente nous incombent. Quand je dis toutes, c’est : l’inspiration, les croquis préparatoires, les dessins techniques, la recherche de matière première, l’achat de matière première, les tests pour une nouvelle création, les heures de galère et parfois d’abandon, la création à proprement parler, mais ensuite c’est pas fini ! Il faut prendre les photos, sous tous les angles, puis retoucher ces photos (quand on sait faire). Puis les mettre en ligne, mais pour ça, il faut avoir un site internet qu’on a mis des jours à créer (ou pour lequel nous avons payé quelqu’un au juste prix de son travail), et qu’il faut régulièrement améliorer. Puis faut faire de la com’, passer des heures sur les réseaux sociaux à faire des posts et des stories pour que vous puissiez admirer le fruit de notre travail (non, instagram n’est pas notre passion !), tout en espérant que l’algorithme soit sympa avec nous et ne passe pas tout à la trappe.
Et puis après, soit c’est des marchés: ça se prépare, ça s’installe, des jours debout derrière un stand (mais en général c’est ce qu’on préfère, vous rencontrer!) puis ça se remballe et enfin on rentre chez soi, exténué mais ravi ! Soit c'est des ventes en boutique, mais qui dit boutique dit commission : entre 35 et 50% du prix. Ca paraît énorme, et ça l'est, mais elles ont également des charges énormes à payer : la TVA déjà, pus le loyer, le personnel, et pour elles aussi, tout le temps passé dans l'ombre pour que vous ayez envie de venir leur rendre visite. Dernière option pour moi : les ventes en ligne. Cette fois on emballe, on soigne, on met un petit mot personnalisé et tout ça prend forcément du temps. Ensuite, on va à la poste et on se prend le chou une fois sur deux parce qu'un colis est perdu et que souvent, parfois, c'est le créateur qui le prend à sa charge. Puis quand vous le recevez on est tellement heureux de savoir que le colis est arrivé sans encombre et que nos créations vous plaisent, on se dit qu'on n'a pas fait tout ça pour rien ! Alors on se connecte aux réseaux et on espère en secret que vous partagerez votre satisfaction en nous mettant en avant sur les réseaux sociaux et que vous donnerez de bonnes notes avec des commentaires et des photos pour contrer les algorithmes. Puis on rentre chez soi pour se poser un peu. Ah mais non ! Il reste encore la compta à faire, c'est vraiment super de tout faire tout seul, et puis ne pas oublier de faire sa déclaration à l'urssaf et de régler les 14% de cotisations sociales sur le chiffre d'affaire ! Après ça, on essaiera de souffler un peu...
Tout cela pour vous remercier, du fond du coeur, de choisir de soutenir les créateurs français. Car derrière un petit objet, une petite créations, vous payez toutes ces heures de travail de fourmi, dans l'ombre, que vous ne voyez jamais mais qui sont pourtant essentielles pour pouvoir vous offrir de la qualité faite avec nos petites mains !
Et aux prochains qui me diront "c'est vraiment hyper cher", je leur demanderai s'ils seraient prêts à faire la moitié de leur job gratos. Et je crois que je connais la réponse.
MERCI INFINIMENT D’AVOIR LU CE TEXTE !